Lecteur, ami

Friday 22 September 2006

Voilà près de neuf mois que nous faisons route ensemble, et aujourd’hui le chemin s’arrête, avec les dernières lignes du Journal du maquis. Lignes écrites “aux armées”, sous d’autres cieux que ceux du Var, au seuil d’une autre aventure qui allait entraîner ceux du maquis Vallier, tous engagés dans la 1ère Division Française Libre, des Vosges à Royan, puis en Alsace et enfin à l’Authion pour les derniers combats de libération du territoire.

De nos hésitations au seuil de cette entreprise (la publication au jour le jour des pages du Journal), nous nous sommes déjà expliqués ; à quoi bon ressortir tout ça, la place des souvenirs n’est-elle pas qu’avec les souvenirs ?

Ta réaction, lecteur, ami, a été tout autre, et pour dire les choses, inattendue et très encourageante. Beaucoup de messages sur les mél de l’un ou l’autre de nous deux ont complété les commentaires mis sur le site ; nous y avons lu ton intérêt, souvent passionné, tes questions, naturellement légitimes, sur tel ou tel épisode et la lecture de cet épisode que permet (ou qu’impose) le recul de soixante ans ; nous y avons aussi lu, harmoniques du récit, les échos dans ta propre histoire et dans ta propre famille de ces années de guerre, de lutte, d’espérance ; ton émotion, parfois palpable derrière tes messages, nous dit qu’au bout du compte c’était plutôt une bonne idée de publier le Journal.

Adieu, lecteur, ami ; et merci de la route commune.

Claude et Jean Michel

6 Comments

  1. Nicolas Roddier a dit
    22 September , 2006 à 5:28 pm

    Et voila donc la fin de notre lecture quasi quotidienne de l’été 2006, tant d’années après…
    Je l’avais lu ce journal, il y a bien longtemps, adolescent ; je m’en souvenais bien. Ca m’avait marqué à l’époque. J’ai retrouvé pleins de passages dont je me souvenais comme si je les avais lus hier. Les temps forts, les histoires plus personnelles, et celles dont mon grand père me parlait : les arrestations et fusillades à Aups ; les femmes échappées, traquées, puis fusillées ; le camion de boches qui était arrivé en retard à l’embuscade; les prisonniers de Giens ; et la naissance de mon parrain annoncée par télégramme avec 6 jours de retard.

    Quand je l’avais lu ce texte, la plupart des maquisards étaient encore bien vivants et je les rencontrais au 12 Juin à Aups, ou des fois à la maison. Puis ils sont partis les uns après les autres. Mon grand père m’emmenait toujours déposer une gerbe sous la plaque de Dominique. Chaque année j’allais avec lui à Aups. Il disait qu’il voulait que l’histoire ne soit pas oubliée.
    En 2006, on s’aperçoit que cette histoire est bien loin d’être oubliée. A partir d’un manuscrit de 60 ans, avec la technologie des web et blogs, c’est maintenant tout le monde qui peut la lire. Non seulement pas oubliée cette histoire mais certainement très d’actualité. Combien de journaux du même genre pourraient être écrits aujourd’hui, avec des détails de préparations et d’opérations sans doute fort semblables, par des groupes de résistances face à la barbarie et atrocités version XXIeme siècle.

  2. Jean Darot a dit
    22 September , 2006 à 6:04 pm

    Dans la continuité du site (sans la richesse du débat, bien sûr), un livre sort aux éditions Parole qui reprend le témoignage du lieutenant Vallier pour une face et comme éclairage (pour l’instant inédit contrairement au reste) le témoignage de ses proches sur l’homme qu’il était.

    Que ceux qui veulent être informés de la sortie exacte du livre ou passer une pré-commande s’inscrivent sur le site (en cliquant sur “contact”) ou m’envoient un message (parole.jdarot@wanadoo.fr). On peut également imaginer que le site continue à vivre pour accueillir un forum autour du livre.

    Voici une proposition de couverture:



  3. Dominique Roddier a dit
    22 September , 2006 à 6:39 pm

    Maman,

    Tout d’abord un gros merci pour tout le travail lié à ce journal, et aussi, bravo pour le site qui impressionne tous les gens à qui je le montre. Enorme merci aussi à Jam, et à Jean-Marie Guillon, dont les commentaires ont éclairci beaucoup de points un peu flous.

    J’ai lu le journal plusieurs fois, mais jamais je ne l’avais vécu. L’attente et le coup d’œil donné chaque jour à ton site inscrit bien dans le temps le témoignage de Patou et de ses hommes. Ce n’est qu’à cette lecture feuilleton que je me suis rendu compte de combien cette période de leur vie a du être longue. Les commentaires qui sont revenus plusieurs fois, comme : « le patron va-t-il monter ? » , je les ai un peu ressentis, chaque jour en ouvrant mon browser : « Tiens Patou a-t-il écrit dans son journal aujourd’hui ? »

    Je n’avais pas relu le journal depuis quelques années. A cette lecture plus approfondie, le caractère de Patou s’est dévoilé de temps en temps.
    Il y a quelques mois, une phrase, à laquelle je n’avais jamais fait attention, m’a touché. Je la copie :
    “Marcel nie tout et Max est très croyant. J’ai donné en quelques mots mon attitude (morale et dogme: mon respect de la morale contenue au fond de toute religion, ma non croyance absolue aux dogmes et aux pratiques rituelles)”.

    Cette phrase pour moi décrit Patou complètement. La première partie est son respect complet d’autrui, de ses croyances, et de ses décisions. Une des chansons de Brassens qui l’amusait était celle ou il chante:
    « Vous proférez monsieur des sottises immondes, mais jusque à la mort, je me battrai pour qu’on vous les laisse à tenir… »
    Dans la première partie de sa phrase, il y a aussi l’importance intransigeante du juste, de la morale, de faire ce que l’on se doit.
    La deuxième partie est plus compliquée. Il y a une taquinerie sous-entendue à tous les croyants pratiquants dans sa phrase. En fait il dit, je n’ai pas besoin de religion pour être un homme juste et bon et donc je peux me moquer de vos rituels, je n’en ai pas besoin pour être celui que je suis. Si par contre vous avez besoin qu’un prêtre vous rappelle tous les dimanches comment il faut mener votre vie, allez donc à l’église. Mais il écrit cela sans la moindre condescendance. Il avait un humour vif et taquin.-

    Bref, merci d’avoir, sans faillir, transcrit, jour après jour, les pages de ce journal, et merci à tous les lecteurs, pour avoir suivi cette épopée.

    Domi

  4. SOLDI & RENOUX a dit
    24 September , 2006 à 10:24 am

    Malgrés prés de 20 ans de recherches sur la periode, les documents sont rares, mais le récit de Vallier laisse tant réaliser cette vie des maquis que nous avons jugés bon de nous plonger dans nos archives et de vous trancrire avec ce même devoir de mémoire le seul document qui peu avoir de l’interet pour ce superbe site et apporter un petit complement a la 118em journée de Vallier.Il est l’extrait anomyme d’un recit fait en 1945,nous pensons par un des chefs FFI secteur Aups :
    “Le lundi 12 juin, Aups est attaqué par la Milice.. forces estimées a plus de 500 hommes.. Un camion descendant du camp de l’A.S de canjuer tombe dans un barrage de miliciens. Le gendarme BOUET peut prendre la fuite en tiraillant,DONADINI( beau frere de notre ami Mistral) essaye de s’enfuir, mais est pris une grenade a la main. Le gendarme DUCHATEL et le chauffeur MILLET, assis dans la cabine ne peuvent s’enfuir et sont capturés immediatement. Le gendarme DUCHATEL est immédiatement assassiné sur l’ordre du capitaine Milicien DURUPM, le chauffeur MILLET subit le même sort et est abattu par dérriere sur le corp de son camarade. DONADINI, amené également au lieu du supplice, échapppe miraculeusement à la mort en racontant une histoire extraordinaire digne de son imagination féconde. Il sera amené a Marseile en compagnie d’AUTHIEU arrété alors qu’il se caché chez lui…”
    cordialement,
    jean michel Soldi & Eric Renoux
    conservateurs du Musée de la Libération du Muy.

  5. Vincent Sivirine a dit
    24 September , 2006 à 11:02 am

    Que devient t’on dans l’histoire ? se demande le Lieutenant Vallier.

    Peut être un peu oublié parce que ce temps est loin, 60 ans, parce que ceux qui peuvent encore raconter se font rare, hélas, peut être aussi parce que cette aventure aussi improbable qu’exceptionnelle n’a pu exister que dans des circonstances tellement particulières, qu’elle en reste à jamais marquée du sceau de l’époque alors que l’histoire ensuite, a repris son chemin.

    Lire ces lignes, revivre cette aventure en 2006, c’est construire un pont avec le passé, car cette histoire, notre histoire, il ne faut jamais l’oublier ; et grâce à ce pont, on réalise que l’aventure du maquis Vallier est incroyablement contemporaine.

    Ces hommes qui vivaient avec le froid, l’inconfort, la peur, la mort, pourquoi l’ont-ils choisi ? Chacun avait ses propres motivations, mais est ce un cliché de penser qu’ils voulaient aussi que leurs enfants puissent vivre tout simplement libres ? C’est pour cette raison qu’ils sont encore d’aujourd’hui, parce qu’à notre tour nous devons lutter contre les mêmes démons contre lesquels ils se battaient. L’intolérance, la peur de l’autre qui en 1944 avaient conduit à la guerre et qui aujourd’hui mène le monde vers un futur inquiétant.

    Ces valeurs qui étaient les leurs, nos parents nous les ont transmises et nous les transmettons ensuite à nos enfants.

    Mes enfants ne savent pas encore lire, et d’ailleurs sont trop jeunes pour comprendre tout ceci, mais un jour ils liront ce journal, ils comprendront, et seront à leur tour dépositaires de ce patrimoine. Et ils seront fiers, comme l’a été avant eux leur père, de cet arrière grand père qui avec ses hommes a écrit l’Histoire.

    Vincent

  6. Mireille a dit
    25 September , 2006 à 8:30 am

    C’est bête à dire, mais ça fait des mois que j’appréhendais cette semaine. Je ne voulais simplement pas que le site s’arrête, que la voix de Patou ne cesse de nouveau, alors que 7 mois durant, je l’ai entendue si proche et vivante en lisant ses textes. Alors maintenant il va me manquer. Vous êtes tous mieux placés que moi pour parler de l’histoire, de la guerre, de la transmission de la mémoire, du passé, même du futur. C’était mon grand-père. Lors des périodes où nous étions loin, il nous écrivait tous les jours, alors de le lire quasi-quotidiennement, ça a été un retour aux bonnes vieilles habitudes. Ses lettres —la gazette—contenaient les nouvelles locales, les derniers résultats de l’OM pour mes frères, et puis des histoires, des feuilletons où il nous mettait en jeu, et qui nous menaient à attendre le facteur impatiemment chaque jour. Et avec cette même impatience, je me suis retrouvée à attendre que Maman publie ses entrées chaque jour. Bien sûr, il y a le récit même, et à des lectures précédentes de ce journal, je me suis sentie entièrement prise par l’importance de son contenu. Mais cette fois ça a été différent: par leur format, ces lectures m’ont permis de partager son quotidien et de sentir sa présence dans ma vie de tous les jours. Alors ce débarquement, moi, je ne l’ai pas attendu avec autant d’impatience que ça..

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