92ème jour de maquis et …

Monday 22 May 1944

Que d’aventures depuis la dernière fois où j’ai écrit. D’abord avant tout, le 15 mai télégramme m’annonçant la naissance de Jean Michel. Quelle vie où j’apprends la naissance de mon fils 6 jours après sa venue au monde et où 12 jours après, j’ignore encore comment il est fait! Mais je ne rouspète pas, ce que je voudrais par dessus tout, ce sont des nouvelles un peu récentes pour savoir comment ça va chez moi! Il faut souvent une belle dose de volonté et de courage, et surtout heureusement que la confiance et le courage des lettres reçues permettent de surmonter les moments de défaillance.

Le matin de l’Ascension1, grand branle-bas. On nous apporte des provisions en quantité, des conserves, du chocolat, des cerises, des pâtes de fruits, et pour finir arrivée du patron lui-même. Repas tout plein de gaieté, partie de foot, petit discours pour remonter le moral de ceux qui ne croient plus au débarquement, tout se passe vraiment très bien. Vendredi 11h, le patron redescend avec les trois invités2 qui l’avaient accompagné et je fais la distribution des vivres de réserve avec tout ce qu’ils nous ont apporté. Bien m‘en a pris, car à minuit, grand bruit, la garde vient me réveiller, le patron est encore là pour nous faire évacuer. Il faut dire que dès le soir, je m’y attendais, ayant appris qu’un “bon Français” nous avait dénoncés au brigadier de la gendarmerie voisine et que celui-ci avait promis de nous faire chasser par les Allemands3.

Décrochage en quatrième vitesse donc. En deux voyages, nous avons tout descendu sur le camion. Au lever du jour, nous embarquons tous dessus, sacs en avant, tous les hommes sous une bâche immense, fusils mitrailleurs prêts à tirer. Si jamais on avait rencontré un barrage, ça faisait une drôle de bagarre. On a fait ainsi une quinzaine de km sur la route, puis nous avons, dans un bois, mis pied à terre en vitesse et pris la colline pendant que le camion continuait en nous montant le barda. D’après les indications qui nous avaient été données, au bout d’une heure et demie à deux heures de marche, nous devions trouver une bergerie abandonnée où nous devions loger. Marche, marche et après deux heures nous arrivons au bout de la crête indiquée sans avoir rien rencontré. J’arrête mon monde et pendant 3h nous cherchons et patrouillons de partout sans rien trouver. Drôle d’impression celle d’avoir 41 types sur les bras, sans savoir où aller et surtout sans avoir absolument rien à leur faire manger! Enfin vers les 11h1/2 le patron arrive à notre rencontre pour nous dire que la ferme fantôme n’existe pas par-là, mais qu’il y a une grande grotte où, parait-il nous serons très bien4. Nous voilà donc transformés en troglodytes et hommes des cavernes!… Après avoir fait le manger dehors, nous commençons à faire le transbordement jusqu’à la grotte quand la pluie se met à tomber.

1 - C’est-à-dire le 18 mai.
2 - Non identifiés. L’hypothèse la plus probable est qu’il s’agit de membres du comité départemental de libération du Var. Autre hypothèse des membres d’une mission parachutée (mais Vallier l’aurait certainement signalé car il y aurait eu promesses d’armement)
3 - Rien ne vérifie une dénonciation locale. En revanche, cette alerte est sans doute en rapport avec l’arrestation du commandant Roux et de sa famille à Mons par la “ Gestapo ” de Draguignan le 5 mai et diverses actions de ses agents dans la région.
4 - Il s’agit des grottes de Baudinard.

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2 Comments

  1. pnyx a dit
    22 May , 2006 à 8:25 pm

    quelle belle idée à vous de faire paraitre ce journal

    depuis quelque temps je visionne parallèlement les actualités de l’ina en recherchant toujours les dates les plus proches… Peut etre cette démarche peut-elle intéresser certains de vos lecteurs

    http://www.ina.fr/voir_revoir/guerre/videos.fr.html

  2. Fabien a dit
    24 May , 2006 à 1:38 am

    C’est vrai que c’est pratique de pouvoir fuiner dans les archives de l’INA, plutôt que d’être obligé de scruter les programmes es chaînes câblées pour tenter de trouver des dates que l’on recherche.

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