71ème jour de maquis

Monday 1 May 1944

Mon pauvre journal est bien abandonné depuis une quinzaine de jours. Il y a évidemment une explication assez facile à fournir: c’est que depuis ce temps là j’ai trouvé moyen d’écrire beaucoup plus souvent chez moi et l’un compense bien l’autre… Et puis une raison est très valable aussi. Ici, nous sommes très à l’étroit, je n’ai pas ‘endroit personnel, et c’est tellement plus difficile de trouver un moment pour s’abstraire entièrement au milieu des autres. En ce moment j’écris dehors dans un costume rappelant fort peu l’équipement de l’officier en campagne: slip, short, ceinture et montre sont les seuls accessoires que je porte sur moi. Le sol est épatant (nous avons surnommé l’endroit “Gazon Charmant”) et on marche avec un plaisir non dissimulé pieds nus et torse nu. J’ai même une serviette mouillée sur la tête pour la protéger des rayons trop ardents du soleil. Nous sommes à 1400m environ1 et, c’est au fond, le premier jour de forte chaleur depuis que nous sommes ici. D’habitude, il fait très beau de 8 heures à 11 heures du matin, après quoi le vent se lève et il gèle littéralement après le coucher du soleil. En ce moment, il n’y a presque pas de vent, juste un souffle et toute mon équipe est torse nu.

Je ne reviens pas sur la fin du voyage. Nous avons fini par arriver le lundi après midi, soit après 3 jours de voyage et complètement affamés à notre emplacement actuel. On y serait épatamment bien, si ce n’est que, sur la montagne en face de nous, de l’autre côté du Verdon, il y avait une coupe de bois exploitée par des Allemands. Alors on risque à chaque instant d’être vus et du coup de recevoir des visites désagréables. Elles le seraient d’autant plus que la défense ici serait très difficile. La maison est très bien camouflée mais elle a du coup, les désavantages de sa situation, et on pourrait avec un peu de chance, arriver à 100 m de nous sans que nous ne voyons personne.

carte état major région Mons-Canjuers

Carte montrant les trois positions successives du maquis
(cliquez sur la carte pour mieux voir les détails)

On attend le débarquement avec une impatience fébrile. En arrivant, on nous a dit que d’après les renseignements donnés par le patron, ce n’était vraiment plus qu’une question de jours et puis, maintenant, de ne rien voir venir, on recommence à se laisser gagner par l’incrédulité. J’ai l’impression que si jamais ça arrive, on mettra un moment avant de le croire. Les nerfs sont un peu ébranlés quoique la confiance des jeunes en soit touchante de naïveté! Dans toutes leurs lettres ce ne sont que des: “à très bientôt, de grands événements imminents, etc… S’ils pouvaient avoir raison!

La vie du camp est passée par une période de farniente pour leur permettre de se reposer des fatigues du voyage mais maintenant, on va se remettre au travail. Ce matin, on a fait une marche d’entraînement avec le deuxième groupe, sac au dos. Je les ai emmenés jusqu’au sommet voisin , qui est à 1577m et pour bon nombre d’entre eux, ça a été la plus haute altitude à laquelle ils soient arrivés de leur vie. Il y a de là-haut, une vue splendide et ce n’est pas sans émotion que j’ai revu, d’un côté les chaînes italiennes si souvent contemplées pendant la guerre et de l’autre côté le Ventoux au pied duquel je voudrais tant aller passer quelques heures!

1 - Le maquis vient de traverser une partie du Plan de Canjuers. Il est arrivé aux Margets, au sud d’Aiguines.

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1 Comment

  1. Francis Martel a dit
    2 May , 2006 à 9:33 pm

    L’association « Pays et Gens du Verdon » a publié dans le numéro 14 (thème du numéro : « Montagne d’hommes ») de sa revue tri-annuelle « verdons » des extraits du cahier de résistance du lieutenant Vallier (article : Résistance aux Marges).

    Auparavant, sa fille Claude Roddier avait rapporté, le dimanche 4 avril 2004, ce cahier sur les lieux de son écriture, soixante ans auparavant. C’est avec beaucoup d’émotion que des membres de l’association en ont lu quelques pages, sur les hauteurs de la montagne d’Aiguines, face au grand plan de Canjuers.
    Sous un beau ciel bleu peu nuageux, nous nous sommes souvenus des difficultés multiples et surtout du courage qui fut nécessaire aux combattants clandestins de la seconde guerre mondiale.
    Pour la plupart, ils n’avaient, comme nous, aucune pratique du camping permanent, des nuits à la belle étoile et de l’irrégularité du ravitaillement, ayant jusqu’à cette date dormi dans des lits et mis les pieds sous la table, sans s’inquiéter de leur sécurité physique.
    Ce fut un hommage tout simple, empreint d’humanité et de beaucoup de ferveur ; une commémoration sans ostentation comme notre association s’efforce d’en occasionner lors des marches qu’elle propose à ses adhérents sur les territoires du Verdon.

    Notre contact :pgv@wanadoo.fr
    Téléphone : 04 94 70 02 93
    Adresse : association Pays et Gens du Verdon
    Z.A. La Baume 83690 Salernes
    Adhésion annuelle individuelle 15 €, familiale 23€

    Abonnement annuel à la revue « verdons »28€ + 6€ de frais de port

    L’intitulé de l’invitation à la randonnée du 4 avril 2004 :

    Le plat pays du Verdon à travers quelques textes du dernier Giono (l’Iris de Suse, Provence, les Récits de la Demi-brigade) et le cahier de résistance de Gleb Sivirine, alias « le lieutenant Vallier ». Vues sur le grand plan de Canjuers, le canyon et Sainte Croix.

    Des Cavaliers à Aiguines par Marges.

    Rendez-vous à 9 heures sur le parking entre le château et le village d’Aiguines, abandon d’un ou deux véhicules pour ramener les conducteurs, acheminement au restaurant des Cavaliers (altitude 900 m), ascension de Marges, pique-nique près du sommet (altitude 1432 m), descente sur Aiguines. Les conducteurs conductrices vont chercher les voitures tandis que les transportés se radassent au bar ou devant les boutiques de souvenirs.

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