43ème jour de maquis

Thursday 6 April 1944

3h.1/4

Jeudi déjà et je n’ai rien écrit depuis dimanche! C’est je crois, mon premier vrai trou, la première fois que je reste si longtemps sans reprendre mon cahier.

C’est que l’organisation des Louquiers ne va pas toute seule et les conditions pratiques de ma vie actuelle ne sont pas d’un confort absolu. D’autre part au fur et à mesure que l’on approche du moment tant attendu, on pousse l’instruction tant que cela est possible, car je ne voudrais tellement pas y arriver avec des troupes non entraînées et mal préparées. Ce soir j’installe un F.M. en haut de la montagne pour nous protéger, et dès demain soir, j’espère que les tôles que j’attends pour faire les toits de mes cabanes seront arrivées et que deux équipes pourront aller coucher en haut et nous garder ainsi de nuit.

Lundi, nous avons fait une marche épatante. Départ à 8h. avec Dominique, Max et Marcel. Max et Marcel sont des derniers arrivés (convoi du 15 mars) et sont parmi mes meilleurs dans l’ensemble. Marcel n’est autre que l’ami d’André dont j’ai entendu parler, je ne sais combien de fois et qui au surplus a fait ses études à la Fac à Marseille avec les mêmes profs que moi, Tian, Margaillan ou avec d’autres que je connais, Quintaret par exemple. C’est vraiment un copain tout en respectant la hiérarchie militaire bien plus que je ne lui demande. Au point de vue discussion et conception de vie, quelqu’un de très bien à mon point de vue, et avec qui je m’entends tout à fait. Je me souviens d’avoir dit à propos d’Ernest combien il m’intéressait mais que son esprit tatillon et ses conceptions de vie m’auraient exaspéré si j’avais à vivre de près avec lui. Rien de pareil avec Marcel et nous discutons longuement de tout ce qui nous vient à l’esprit. Max aussi est un garçon bien, quoique nettement jeune encore (22 ans alors que Marcel en a 10 de plus). Lundi à un moment on est venu à parler religion et je me suis rendu compte qu’ils en avaient déjà discuté pas mal entre eux sans être d’accord. Marcel nie tout et Max est très croyant. J’ai donné en quelques mots mon attitude (morale et dogme: mon respect de la morale contenue au fond de toute religion, ma non croyance absolue aux dogmes et aux pratiques rituelles).

La promenade en elle même fut un régal Quatre très bons marcheurs, de valeur sensiblement égale, pouvant donc avancer drôlement sans être jamais obligés d’attendre les retardataires, un temps splendide et les résultats de la reconnaissance plus que conformes à mes espoirs. Si tout va bien, nous ferons du joli travail dans la région.

Au retour, comme nous avions faim, nous décidons d’aller demander qu’on nous fasse une omelette dans une ferme isolée. Mais comment nous présenter avec nos mitraillettes en bandoulière et nos grenades? Je décide que nous sommes des requis par la Milice à la recherche de parachutistes, et aux premières personnes que nous rencontrons, deux bûcherons qui sont sûrement des réfractaires, je demande très sérieusement s’ils n’ont pas vu d’étrangers depuis le matin, habillés de telle façon, etc.. Grande peur des deux types qui s’attendent à chaque moment à ce que je leur demande leurs papiers et qui nous voient partir avec soulagement. Nous aussi, nous nous éloignons avec soulagement, n’arrivant plus à retenir le fou rire, qui était en train de nous gagner tous les quatre devant la tête de mes interrogés. A la ferme où nous allons ensuite un brave vieux et une réfugiée de Cannes nous vendent les œufs et le vin que nous leur demandons et ne marchent qu’à moitié dans la combine que nous leur racontons.

Hier et avant hier, tournis. Il n’y a plus de ravitaillement, nous sommes le 6, alors qu’on aurait dû normalement nous apporter nos vivres depuis une semaine, et demain soir je ne sais pas trop ce qu’on pourrait bien manger!

Il est 8 heures maintenant et je viens de finir ces quelques lignes après souper. Je vais me préparer maintenant à aller faire l’affût au sanglier. Depuis qu’on le fait on n’a jamais été fichu d’en abattre un. Cela arrangerait pourtant drôlement bien le menu!

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1 Comment

  1. Paul Raybaud a dit
    13 April , 2006 à 1:41 pm

    RAYBAUD Marcel, Albert, François

    Né le 20 janvier 1912 à Nans les Pins d’un couple d’instituteurs, s’intéresse à la politique dès l’adolescence où il adhère aux Jeunesses Socialistes. Après avoir échoué d’un rien au concours de Pharmacie Navale devance l’appel et se trouve au Maroc en 1930 dans les tirailleurs marocains d’où il sort adjudant. Il reprend ses études de pharmacie et se marie en 1935.

    En 1937, il s’installe pharmacien à La Garde. Après l’armistice de 1940, il noue des contacts avec Zunino, Sandro, Arnal et Custaud, participant à la propagande, au recrutement dans le mouvement Combat, puis Libération.

    Le 1er janvier 1942, il est nommé chef de trentaine de l’A.S. par le commandant Orsini.

    En novembre 1942, il est expulsé du camp retranché de Toulon par l’amiral Marquis et se replie à Saint-Raphaël où il poursuit son activité dans “l’AS Combat” avec Charlot, le colonel Roux et Dumas dans le secteur de Sainte Maxime, Saint Raphaël, Le Dramont.

    En mars 1943, il revient à La Garde où il devient responsable de “l’AS MUR”

    Arrêté le 13 juillet 1943 par l’OVRA (gestapo italienne) pour détention d’armes et appartenance à une bande armée résistante, il est mis au secret en cellule à la caserne Vassoigne d’Hyères puis transféré au Conseil de Guerre de la 4ème Armée Italienne à Breil et déporté en Italie à Cunéo.

    En novembre 1943, au cours de son transfert à la forteresse Vinaolio, il s’évade et revient en France. Mais il est clandestin et après un séjour au Vercors, gagne le maquis Vallier.

    Le 20 juillet 1944, il passe au Camp Robert FTP, mais rejoint le 9 août le Maquis Vallier pour participer aux combats de la Libération dans le secteur d’Hyères.

    Le 20 août 1944, il s’engage avec Vallier dans la 1ère DFL (2ème Cie: le BIMP) où il retrouve son cousin Albert Terramorsi, médecin de la coloniale. Marcel est blessé à Belfort. Revenu à La Garde après la victoire, il reprend son officine. Mais trois ans après, son esprit baroudeur le conduit à signer un engagement contractuel avec le service de santé de l’Armée. Il part donc en Indochine comme gérant de dépôts pharmaceutiques, profession qu’il exercera par la suite dans d’autres territoires hors métropole, avec assimilation au grade pharmacien commandant ; cela jusqu’à sa mort en 1962 à l’âge de 50 ans au terme d’une maladie incurable.

    Marcel était un impulsif au caractère ombrageux ; il manifestait volontiers un autoritarisme un peu tyrannique et “macho” sur les siens ainsi qu’un certain souci de singularité frisant la provocation. Mais sa vive intelligence lui dictait une conduite lucide dans toutes circonstances et compréhension et tolérance dans ses relations (il n’avait que des amis).

    Il avait bon cœur et était très généreux et serviable. Il savait s’adapter à toutes les situations même les plus difficiles car il était courageux et réfléchi dans ces cas. Il faisait un excellent militaire car il avait le sens des responsabilités qui lui incombaient et le respect de l’autorité hiérarchique.

    Surtout, il est resté toute sa vie loyal et fidèle à ses amitiés et à ses convictions.

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