Introduction

Thursday 16 September 1945

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photo prise pendant la campagne des Alpes à Beuil (Noël 1939)

Gleb Sivirine (le “Lieutenant Vallier”)
photo prise pendant la campagne des Alpes à Beuil (Noël 1939)

Ce n’est pas une préface pour un livre à paraître en librairie que j’écris. Ce journal que j’ai fait jour par jour, où vous m’avez tous vu noter les impressions quotidiennes n’a jamais été écrit pour être édité. Il remplaçait les lettres que je ne pouvais envoyer et il m’assurait pour l’avenir un souvenir fidèle et exact d’une vie tellement hors de l’ordinaire que je risquais de la transformer et de la fausser, une fois revenu dans l’existence normale.

Quand nous étions à Canjuers1 -Vous rappelez vous de “gazon charmant”, petit Yo2? ou à la Blanche3 sous les cabanes de branches et que vous me voyiez prendre mon stylo et mon cahier rouge,- je vous ai promis qu’un jour vous liriez ces notes. Aujourd’hui je m’y mets. Je les recopie pour vous fidèlement, sans changer un mot, même si certaines choses me paraissent un tantinet ridicules maintenant, - même si certains jugements ou certains espoirs se sont révélés faux.

Il y manque beaucoup de choses, de faits même, à ce journal. Les journées les plus chargées furent celles où j’eus le moins de temps pour écrire, et en relisant je me suis rendu compte que sur la période d’août qui fut active pourtant, - Malassoque4, les mitrailleuses qui s’enrayaient, la propagande électorale de Périno, et toute la période de bataille devant Hyères, - il n’y a à peu près rien.

Mais vous retrouvrez l’atmosphère que nous avons connue, cette atmosphère dont tu “languis” tant, mon vieux German5, cette atmosphère que nous évoquions dans les clochers d’Alsace ou sous les guitounes de l’Authion6 avec Roger et Claude et dont le souvenir est resté si vivace au cœur de tous ceux que j’ai revus.

C’est pour vous que je copie tout ceci, pour toi, German qui le liras à ton retour d’Autriche, pour vous deux, Roger et Claude qui ne m’avez pas quitté de 18 mois, pour toi Marcel et vous, petit Yo, mes “camarades de chambrée” dans les cabanes en branches où passait si bien l’orage, pour vous tous de “Farigoule à Canjuers” et pour toi, mon vieux Louis7, sans qui rien de ce qui a été n’aurait pu exister.

 
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Mon titre est faux. Nous sommes allés à Canjuers, mais nous l’avons dépassé et c’est de Farigoule à Collobrières ou à Hyères que j’aurais du mettre. Mais il y a longtemps, bien longtemps qu’avec Yo nous avions décidé ce titre et j’ai voulu être fidèle aux vieilles promesses.

 
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1- Le Plan de Canjuers, dans le Haut-Var, au sud du Verdon.
2- Pierre Liétard, que l’on retrouvera dans le récit.
3- Ferme où le maquis Vallier a stationné entre le 10 et le 12 juillet, aux environs de Baudinard/Les Salles.
4- Autre lieu de stationnement du maquis fin juillet-début août, plus à l’ouest, au nord de Montmeyan.
5- Le Dr Angelin German, de Draguignan. Compagnon de Georges Cisson, il était responsable du service de santé des MUR du secteur de Draguignan et a été la providence de nombreux résistants blessés. Il sera le médecin du maquis Vallier.
6- Vallier et plus de 50 de ses hommes s’engagent à la Libération dans la 1e Division Française Libre (l’unité qui, au sein de la Ie Armée française du général de Lattre de Tassigny, regroupe les éléments gaullistes). La plupart rejoignent le Bataillon d’Infanterie de Marche du Pacifique. Ils participent donc avec elle aux combats de la libération en Alsace, avant d’être envoyés dans les Alpes-Maritimes, sur la frontière italienne et de participer, dans le massif de l’Authion, aux combats qui s’y déroulent en avril 1945 (voir sur ces combats, P.-E. Klingbeil, Le front oublié des Alpes-Maritimes (15 août 1944-2 mai 1945), Nice, Serre, 2005). Le Lt vallier, redevenu Lt Sivirine, rejoint le 1er RA (Régiment d’Artillerie) de la DFL, accompagné des deux plus jeunes de ses maquisards, Roger Leroux et Claude Ravaisse.
7- Louis Picoche, le “patron”

 
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Roger Leroux, 19 ans

Roger Leroux (19 ans)
Départ au maquis le 2 février 44

8 Comments

  1. Sabine a dit
    22 November , 2005 à 7:11 pm

    je vois la photo de patou, je ne savait pas qui resenblé comme ca.

  2. Dine Le Roux a dit
    2 February , 2006 à 12:01 pm

    Le drapeau sur le clocher

    C’était la veille de son départ. La grand-mère de Marcel -une vraie provençale- dit à Roger:

    - Je vais te fabriquer quelque chose que tu vas mettre au bout du clocher.

    Roger dit oui, et elle fabrique un drapeau bleu blanc rouge.

    Dans la nuit, avec l’aide de Marcel et d’un autre, il monte accrocher le drapeau tout en haut du clocher qui fait 20 mètres de haut. Arrivent les allemands. Les deux autres se planquent. Roger saute du haut du clocher, les rejoint et tous se cavalent. Les allemands passent sans s’apercevoir de rien.

    Dans la matinée, vers 9 heures, la ronde militaire qui gardait la tour de l’horloge voit les gens regarder le clocher. Ils regardent eux aussi et aperçoivent le drapeau français. Aussitôt, maisons barricadées, arrestations de 5 ou 6 personnes, interrogations. Tout le vieux quartier se rassemble. Finalement, les allemands installent une échelle et montent retirer le drapeau.

    Le lendemain Roger partait au Maquis.

     
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  3. Louis Picoche a dit
    5 February , 2006 à 9:39 am

    J’ai connu Gleb Sivirine par l’intermédiaire d’Ernest Millet qui faisait le service de cars allant à La Tour Fondue - Porquerolles. Je cherchais quelqu’un qui pourrait prendre la responsabilité du maquis.

    Je suis allé avec Millet à Porquerolles, j’ai vu Gleb en présence de sa femme Mireille qui attendait un bébé. Je me souviens surtout de sa réflexion à elle quand j’ai demandé à Gleb son accord, en soulignant qu’il y aurait un grand danger. Elle a dit “accepte, Patou, accepte ce rôle” (elle l’appelait ainsi). Et il n’a accepté que parce qu’elle avait dit oui.

    Nous avons rejoint le maquis à Fayence et je l’ai présenté aux maquisards.
    Mon impression a été faite tout de suite quand je l’ai contacté et lui ai proposé cette mission dangereuse. Nos rapports ont ensuite toujours été faciles et il a toujours répondu à ce que j’attendais de lui. Notre groupe dépendait de Frank Arnal et nous faisions partie des M.U.R. (Mouvements Unis de Résistance)

     
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  4. Mireille Gachon (famille Gachon/Pérette à Hyères) a dit
    23 February , 2006 à 1:38 am

    Bonsoir,

    C’est avec beaucoup d’émotion que je viens de trouver votre site.
    J’écris de Région Parisienne où j’habite depuis 25 ans.
    Mais je suis hyéroise, (ma grand-mère était très connue à Hyères)
    Dès mon enfance, je connaissais “Vallier”, son action, celle d’autres hyérois, celle de M. Picoche - c’est pour moi un bien grand honneur d’écrire après lui -
    Je ne pourrai pas apporter de témoignage, je suis trop jeune pour avoir vécu cette sombre période de l’occupation.
    Aussi, je comprendrai fort bien que mon mail ne soit pas publié sur ce site.
    Je veux faire plutôt de ce message, un témoignage de l’affection que je portais à votre Papa qui a été mon professeur au Lycée, un professeur très doux, très attentif à ses élèves et que j’ai vraiment adoré. (je savais qui il avait été, son action dans la Résistance, et je n’ai jamais osé lui dire que je savais et combien je l’en aimais davantage).

    J’ai aussi été l’élève de votre Maman au collège Jules Ferry, pendant deux ans. Pour elle aussi j’avais beaucoup d’affection et j’étais parmi ses meilleures élèves.

    Tous deux sont parmi les enseignants qui m’ont le plus influencée avec deux ou trois autres professeurs du collège Jules Ferry.
    Quarante ans après, je défends toujours les mêmes valeurs républicaines et démocratiques, au quotidien, d’arrache-pied. C’est pour moi un devoir de fidélité à ce que vos parents ont défendu, la République, la laïcité, les valeurs humaines et bien sûr, une nécessité.

    J’ai des petits enfants, très jeunes encore, mais bientôt je vais pouvoir, moi aussi, leur apprendre leur histoire ; je vais pouvoir leur montrer les cahiers de “Vallier”, alors ce que vous avez publié ne sera pas en vain. Mille fois merci.

  5. Marion SIVIRINE a dit
    27 February , 2006 à 7:17 pm

    Une immense émotion m’a saisie à la lecture de ces quelques premières pages et des commentaires qui (déjà !) l’accompagnent… Et pourtant.. Pourtant, ce journal du maquis, tenu par mon grand-père, je le connaissais. Je l’avais lu étant adolescente. J’en ai une copie dans ma bibliothèque. Je connaissais le rôle de mon grand-père et de ses hommes dans la résistance varoise, même si, jamais, nous n’en avons parlé ensemble. Etait-ce par pudeur ? Etait-ce “l’indicible” dont il est question dans l’introduction de ce site ? Je n’ai pas, plus, de réponse à cette question. Il n’y a jamais eu témoignage direct, ou si peu… Mais cette histoire, je la connais, ô combien.. Par ma tante et par mon père, héritiers directs de cette mémoire qu’ils ont choisi, aujourd’hui, de mettre à la disposition du plus grand nombre, comme ils l’ont fait auparavant pour mes cousins, mon frère et moi. Je suis heureuse et fière, pour tous ceux qui ont participé à cette “petite histoire” dans la grande Histoire. Pour leurs descendants aussi. Heureuse qu’enfin leur aventure et leurs témoignages soient accessibles . Fière que leur rôle soit reconnu. Je me suis souvent interrogée sur “l’oeuvre de mémoire”. Aujourd’hui, elle prend tout son sens pour moi. Merci Claude. Merci Papa.

  6. Docteur A. German a dit
    9 March , 2006 à 5:50 pm

    J’ai été accueilli le 7 juin 1944 au Maquis Vallier de la “Médecine” à Canjuers par Gleb SIVIRINEn alias Lieutenant VALLIER, par un chaleureux “salut Toubib” un surnom qui me restera toute ma vie, et dont je suis très fier.

    A travers les quatorze ou plus de décrochages du maquis, je rappelle quelques évènements que j’ai vécus avec lui.

    - Le 12 JUIN 1944, j’échappe, par hasard, à l’assassinat de nos deux compagnons Millet et Duchatel, perpétré par la milice de Vichy à la “Villa Rose”.

    - Le 22 JUILLET 1944, c’est le guet-apens d’Aups où nous perdons Luciani et Chaude. Le jeune maquisard Aiguier, blessé, est sauvé par le courage de Luciani et de Loulou Casanova.

    - Descendu à Draguignan, où je soigne clandestinement les Résistants dans le service que j’ai organisé à l’Hôpital, je remonte, le 23 juillet, pour donner mes soins à Aiguier, et de retour je subis un tir de mitraillette d’une patrouille allemande.

    - Le 12 AOUT 1944, je suis obligé de préparer le service médical de la région Dracénoise en vue d’un “éventuel débarquement”.

    - Pendant les journées de combat de la Libération, je suis obligé de rester à Draguignan par ordre du Lieutenant-Colonel Lelacquet, responsable militaire du Var. J’ai ainsi été privé d’être avec Vallier au cours des combats glorieux du Maquis à Collobrières et à Hyères.

    J’aurais tant aimé être avec lui jusqu’à la fin des hostilités. Je le considère comme un Grand parmi les Grands que j’ai connus dans la Résistance, Chef courageux, compétent, responsable de notre vie.

    “Le Toubib”

  7. Dumont Thérèse a dit
    7 July , 2006 à 2:39 pm

    Parmi les témoins et acteurs de l’époque qui lisent le récit de Vallier s’en trouve-t il
    qui ont connu:
    - François Cuzin, de Toulon, agrégé de philosophie, membre des M.U.R. dans le Var puis dans les Basses-Alpes car nommé professeur à Digne en octobre 1943.
    - Jean Piquemal, directeur du labo de l’hôpital de Draguignan, révoqué comme Franc-maçon. Parti travailler à Manosque, puis membre du C.D.L. clandestin, responsable du N.A.P.
    Tous les deux ont été fusillés à Signes (Var) le 18 juillet 1944 (guet-apens d’Oraison, Basses-Alpes).

  8. SOLDI & RENOUX a dit
    23 September , 2006 à 10:59 am

    uN SITE PLEIN D’EMOTION QUI GRACE A CES COURRIERS NOUS DONNE UNE REELE IDEE DE CETTE VIE DES MAQUIS ET DU COURAGE DE CES HOMMES;
    LE DEVOIR DE MEMOIRE EST UN PEU NOTRE PASSION AUSSI ET NOUS ADRESSONS NOS SINCERES FELICITATIONS POUR CE SITE
    SALUTATION
    JEAN MICHEL SOLDI ET ERIC RENOUX, VAR.
    conservateurs du musée de la Liberation du MUY.

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