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Thursday 28 September 2006

Le “journal” est terminé, mais des anciens du maquis et surtout leurs descendants ont encore des choses à dire.

Jean Marie Guillon dans ses notes et maintenant Jean Michel Soldi et Eric Renoux dans leur commentaire ont prononcé le nom de la famille Authieu. Dans un discours pour la distribution des prix de la Résistance en octobre 1964 où il parle de sa vie de maquisard (nous allons poster ce discours et quelques photos de 1964) mon père dit “nous n’arrivons à nous en sortir que grâce à l’aide admirable de quelques paysans du Haut-Var”. Un témoignage des “fils et filles” Authieu, Anot et Sage (et d’autres peut-être) est en cours de rédaction. Il sera joint aux autres témoignages. Un petit mot dans cette partie “blog” vous en avertira. L’horloge du blog a été remise à l’heure, il n’y aura donc pas de confusion possible.

Lecteur, ami

Friday 22 September 2006

Voilà près de neuf mois que nous faisons route ensemble, et aujourd’hui le chemin s’arrête, avec les dernières lignes du Journal du maquis. Lignes écrites “aux armées”, sous d’autres cieux que ceux du Var, au seuil d’une autre aventure qui allait entraîner ceux du maquis Vallier, tous engagés dans la 1ère Division Française Libre, des Vosges à Royan, puis en Alsace et enfin à l’Authion pour les derniers combats de libération du territoire.

De nos hésitations au seuil de cette entreprise (la publication au jour le jour des pages du Journal), nous nous sommes déjà expliqués ; à quoi bon ressortir tout ça, la place des souvenirs n’est-elle pas qu’avec les souvenirs ?

Ta réaction, lecteur, ami, a été tout autre, et pour dire les choses, inattendue et très encourageante. Beaucoup de messages sur les mél de l’un ou l’autre de nous deux ont complété les commentaires mis sur le site ; nous y avons lu ton intérêt, souvent passionné, tes questions, naturellement légitimes, sur tel ou tel épisode et la lecture de cet épisode que permet (ou qu’impose) le recul de soixante ans ; nous y avons aussi lu, harmoniques du récit, les échos dans ta propre histoire et dans ta propre famille de ces années de guerre, de lutte, d’espérance ; ton émotion, parfois palpable derrière tes messages, nous dit qu’au bout du compte c’était plutôt une bonne idée de publier le Journal.

Adieu, lecteur, ami ; et merci de la route commune.

Claude et Jean Michel

Le sac est lourd, les gars….

Friday 22 September 1944

Écrit pendant la campagne des Vosges avec la I. D.F.L. ,
souvenir du Maquis pour un journal que nous voulions fonder

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Le sac est lourd, les gars…

Les gars ! Le sac est lourd sur vos pauvres épaules
Courbées, meurtries, coupées pendant tout le chemin
Lassant, pénible et dur, que depuis ce matin
Vous fîtes sous la pluie et sous la grêle folles.

Marcher, toujours marcher, changer encore de camp,
Marcher durant des jours, sans trêve et sans arrêt,
Partir à tout moment, ne jamais respirer,
Ne jamais s’évader du rêve hallucinant…

Les gars! Vous qui souffrez et souffrirez encor,
Vous gagnez pas à pas la suprême victoire,
Par dessus la souffrance et la douleur des corps.

Déjà vous pénétrez dans la plus pure gloire
De ceux qui, dédaigneux des vivants et des morts,
Jusqu’au bout auront su “persévérer et croire”.

Fait à Ternuay, Novembre 1944

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Aux Armées (2)

Thursday 14 September 1944

Eh oui! C’est encore sur mon vieux carnet du maquis que j’écris de nouveau ce soir. Il y a trop de choses qu’on ne peut écrire à cause de la censure, trop de choses auxquelles les “autorités”, - qu’elles soient du régiment ou au dessus -, trouveraient à redire, - et j’ai tellement pris l’habitude de me mettre au net en écrivant tout pendant mes mois de maquis que cela me manque véritablement maintenant.

Nous sommes à Nuits St Georges depuis 3 jours. Pays du bon vin, des crus célèbres et mes camarades passent leur temps en virée soit dans les patelins voisins: Chambertin, Volnay, Pommard!! quels noms!, - soit simplement chez les particuliers, tous négociants en vins et possesseurs de bonnes caves. Moi même suis royalement logé chez un gros négociant en vin, mais je me refuse catégoriquement à me laisser aller à boire des quantités de vin. Au contraire j’en bois moins qu’autrefois au maquis où j’avais toujours mon quart et quelquefois deux par repas. Ici au total, je ne bois pas un verre entier au repas alors que certains de mes voisins boivent une bouteille.

La vie est franchement assommante. Vie de quartier, de caserne, avec les heures de présence et les inspections. Cette après midi inspection par le Capitaine Blanc, de nos véhicules. Il a trouvé à redire à la propreté de mes voitures, ce qui est assez normal, la camionnette rentrant juste de corvée et le chauffeur de l’autre n’étant en rien un spécialiste, puisque l’on ne m’a pas encore désigné de chauffeur depuis que je suis là et que j’ai pour cela pris mon observateur en direction de la lunette SOM. Demain, inspection de ma section par le Colonel Maubert, après demain.. je ne sais pas quoi, mais quelque autre corvée de ce genre. L’inspection par le Colonel Maubert ne m’effraye en rien d’ailleurs, car ma section est bien au point. On a bien travaillé ces jours ci et elle doit faire très bonne impression.

Je vais revenir un peu sur les faits marquants de mon existence depuis mon entrée à la 1ère D.F.L. D’abord rapide passage en revue de mes chefs et camarades. Le Colonel Bert, grand artilleur de l’avis unanime1, distant et qui m’est inconnu. Je lui ai parlé deux fois: le jour où je lui ai été présenté, et il y a 3 ou 4 jours où il m’a fait appeler pour me demander s’il pouvait compter vraiment sur la SOM. Le Lt Colonel Maubert, son 1er adjoint, petit, remuant, toujours parti par monts et par vaux, et enfin le Lt Colonel Gauthier, qui est celui que je connais le mieux. C’est d’ailleurs lui qui est présent le plus souvent et c’est à lui qu’on a recours et affaire tout le temps. Personnellement je l’aime beaucoup et le trouve fort sympathique. Il est d’un calme et d’une affabilité qui sont fort appréciables et appréciés. Je ne connais à peu près pas le Cdt Ravet et avec les capitaines, nous arrivons dans les gens plus proches de nous. Je reviendrai sur le Capitaine Caussèque et vais passer rapidement les autres: Blanc, secrétaire particulier du Colonel, pas très attirant et souvent accusé de se mêler de ce qui ne le regarde pas, - Charmoran, Adida et Coll, qui semblent vraiment s’être trouvés dans le même but: faire de bons repas, boire de bons vins et chercher de gentilles demoiselles et enfin Caussèque. C’est sûrement celui qui travaille le plus de tous et il est vraiment très sympathique. C’est nettement celui que je préfère et dont la compagnie m’est le plus agréable.

Dans les lieutenants je suis seul à deux galons, et les Ss Lieutts sont deux vieux: Lacan, un notaire d’Algérie et Rouillon. Le premier est gentil, neutre, effacé et le second parle avec beaucoup d’abondance. De jeunes aspirants, très jeunes, avec les défauts et les qualités de la catégorie. La chose certaine, c’est que c’est très différent de la popote de 39-40. J’y étais le plus jeune lieutt, et avec Loison nous étions les deux plus jeunes officiers du groupe. Ici avec mes 2 galons et la bande de Ss Lieutts et aspirants je fais figure de hiérarchiquement vieux, bien que les deux Ss Lieutts soient bien plus âgés que moi. C’est encore avec le Cne Caussèque que je me sens le plus proche et pourtant je ne me vois guère vraiment camarade avec lui. Ce n’est sûrement pas d’avec mes camarades d’ici que pourra sortir une amitié comme celle de Loison! Mes hommes sont, eux, très bien et je m’entends avec ma section à la perfection. Deux margis qui font bien leur boulot, l’un des deux, Salama, me rappelle Rinaudo par beaucoup de points. Il est d’ailleurs élève de Centrale et donc futur ingénieur comme mon ex sous-chef de section SOM de 39-40. J’ai pu récupérer mes deux agents de liaison, Roger et Claude qui ne m’avaient guère quitté au maquis et qui me suivent ainsi partout. Au total un groupe très homogène, qui s’entend très bien aussi bien à l’intérieur du groupe qu’avec moi.

1 - Il commande l’artillerie de la 1e DFL.

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Lettre à Louis Picoche

Friday 8 September 1944

Aux Armées - 8/9/44

Je ne t’ai pas encore écrit malgré le grand nombre de choses à nous dire d’abord parce que je voulais vite terminer mon rapport pour le Colonel Lelaquet1 (je le lui ai envoyé il y a plusieurs jours par courrier officiel) et puis parce que je voulais revoir la plus grande partie de nos maquisards actuellement admis dans un des meilleurs bataillons de la division. Pour en finir avec eux, ils sont contents et surtout, chose qui te fera plaisir autant qu’à moi, on est vraiment content d’eux. Ils ont donné satisfaction à tous les points de vue et notamment au point de vue marche, ce qui, je suppose, ne t’étonne pas. J’ai avec moi Roger et Claude qui font partie de mon équipe personnelle.

Passons aux questions affaires.

Demailly a dû venir te voir au sujet des questions d’argent. Le dernier jour à Hyères, il est arrivé me demandant environ 27 000 fr, sans me donner aucun détail. Je savais que je lui devais environ 12 à 15 000 fr d’argent qu’il avait payé depuis notre départ de Quinson et que je n’avais pu lui payer à ce moment là car comme tu te souviens, je suis resté un moment sans argent. Il m’a dit avoir payé aussi le tabac qu’il a réquisitionné aux Salles et à Bauduen pour nous. Dans ce cas là, cela fait bien la somme demandée, car aux Salles il y en avait pour 5.523 fr et à Bauduen pour 5 189 fr (je t’envoie les factures mais je garde les autres papiers de la régie). N’ayant pas assez d’argent sur moi, je lui ai donné un acompte de 10.000 fr et on lui est donc encore redevable d’environ 17 000 fr.

Personnellement, il me reste appartenant au maquis:
8.830 fr que je t’enverrai dès que le service postal marchera normalement à ce point de vue là.
En plus il reste: 5.000 fr chez le Commandant Périno actuellement je ne sais où, mais dont l’adresse civile est:
Mr Maurice Périno, Bagnols en Forêt (Var)
J’ai donné 3000 fr à Aignier (1, rue Folletière à Draguignan) pour les lampes de TSF et il ne m’a pas rendu la monnaie. Fais la toi adresser directement.
Enfin à Hyères, j’ai donné 2000 fr à Bob (l’ingénieur radio) qui avait perdu ses lunettes en service commandé et dès que je le reverrai, je me ferai rendre la monnaie et te l’enverrai.

Donc tu vas recevoir             8.830 fr
et il faut que tu récupères
chez le Cdt Périno                        5.000

                  

soit                                   13.830 fr            auxquels il faudra

ajouter le reste de 3000 fr

d’Aiguier et des 2000 fr de Bob, ce qui doit te permettre de payer directement Demailly, et le maquis finit sans bénéfice ni perte. J’ai bien gardé toute la comptabilité2 et si c’est urgent, je peux te la recopier et te l’envoyer mais si ça peut attendre, je crois qu’il vaudrait mieux que on discute tout ça à mon retour.

2ème question important: celle des voitures.

Nous avons réquisitionné: La Juvaquatre de Mr Pennaveyre à Aiguines, que j’avais confiée à Demailly (méfie toi car j’ai l’impression qu’il y en a quelques uns qui voudraient bien récupérer les bagnoles à bon compte et sur le dos du maquis).
Le P45 pris à la milice de Marseille (sans bon de réquisition)
La Vivaquatre et la V8 réquisitionnées pour nous par les gens de Régusse (par celui à qui, sur tes indications, j’avais donné 1000 fr que je n’ai jamais revus pour l’organisation des guérillas).
Enfin une Traction Avant réquisitionnée par les mêmes Régussois et gardée par eux3.

Vois un peu pour toutes ces voitures et fais régulariser les réquisitions en les faisant par exemple officiellement réquisitionner pour vous à Hyères ou bien fais les rendre à leurs propriétaires. Dubourg4 pourrait s’occuper de ça.

Sauf Demailly, il n’y a aucune dette nulle part.

Pour nos affaires personnelles qui doivent être avec le P.45 fais les entreposer qq. part jusqu’à la fin de la guerre, - on retrouvera ce qu’on retrouvera…

Je te promets le 1er exemplaire de mon journal du maquis!! Comment vont les affaires à Hyères. Je suppose qu’il n’y a pas la pagaille qu’on voit dans beaucoup de villes occupées par les FFI…

Veux-tu présenter mes hommages à ta femme et à ta sœur et crois à ma vieille amitié.

signé G. Sivirine

P.S. En passant j’ai pu m’arrêter quelques heures et embrasser ma femme, ma fille et faire connaissance avec l’héritier.

Répondu le 27-9-44
réclamé état des entrées et sorties des gars partis au FTP et le double du rapport envoyé au Cdt Le Laquet

1 - Ancien chef départemental de l’ORA, devenu chef départemental des FFI, il prépare un « rapport sur l’action des FFI du Département du Var pendant les combats de la Libération du 15 au 26 août 1944 ». Ce gros rapport, terminé en novembre 1944, est rédigé selon les normes du rapport militaire (des faits « secs », des chiffres). Rassemblant les divers rapports de chefs de secteur sans aucun esprit critique, il est souvent erroné et partiel.
2 - Cette tenue scrupuleuse des comptes se rencontre fréquemment dans la Résistance et contredit les rumeurs d’enrichissement personnel, souvent malveillantes, qui courent fréquemment sur ses chefs ou ses responsables de parachutages.
3 - Ces « emprunts » de véhicules – que Vallier mentionne dans son journal – ont eu lieu en juin et juillet. Le camion de la Milice est un véhicule qui servait à celle-ci pour transporter du bois.
4 - Louis Dubourg, l’intendant du maquis. Nous ne pouvons identifier les autres personnes citées.

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Fin du journal du maquis

Saturday 2 September 1944

J’ai fait les demandes de récompenses, les propositions d’avancement,…

Et maintenant je dis adieu à ce journal, qui n’a plus sa raison d’être puisque je vais pouvoir écrire comme je voudrais. Tout au plus, vais-je y noter les dates et les noms des villes traversées, détails à ne pas écrire dans des lettres confiées à la poste.

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