174ème jour de maquis

Friday 11 August 1944

Depuis trois jours que je n’ai pas écrit, beaucoup d’évènements. En ce moment, j’écris assis sur l’herbe, sous les pins de la région de Flassans1, ce qui évidemment me change un peu de mes régions habituelles du Haut-Var. Nous passons ce soir la N7 et pénétrons donc dans cette zone de l’avant2, en attendant ce fameux débarquement. Cette fois, les Anglais auront-ils prévenu sérieusement ou bien est-ce encore une manœuvre politique? Toujours est-il que nous descendons depuis avant hier et que nous avons déjà fait en 36 heures une bonne cinquantaine de bornes sinon plus. En général le moral est excellent et la marche, bien que difficile avec 52 hommes à travers une région absolument infestée de Boches, s’est très bien passée jusqu’à présent. Grâce au débarquement promis avant-hier soir et grâce aussi à une énergique mise au point que j’ai faite le matin du même jour, le moral d’ensemble va très bien. Mais ce n’était drôlement pas vrai la veille au soir, où encore un peu il y avait désertion de 22 hommes, chiffre qui m’avait été annoncé par François affolé. Vingt deux est peut-être beaucoup, mais il y en avait une bonne douzaine sûrement. Il faut dire que le commandant y était pour beaucoup. Pendant toute la journée où je n’y étais pas, parti devant avec la colonne de voitures pour préparer le cantonnement, il a, parait-il, passé son temps à monter les hommes contre moi pour les attirer à lui. Richard m’a dit en tant de mots le soir même que le commandant voulait attirer tous les hommes à lui pour prendre le commandement du maquis. J’ai passé une partie de la nuit à réfléchir sur ce que je devais et voulais faire, et quand je suis allé me coucher, j’étais tout décidé à dire au patron que je ne voulais plus m’occuper d’une façon continue et effective du maquis, que je m’occuperais volontiers du ravitaillement des hommes à condition d’avoir un peu de liberté à moi. Et au matin, en me réveillant, j’ai eu l’impression que c’était du dégonflage, et j’ai pensé au contraire que je ne quitterais le maquis qu’après avoir remis les choses au net et au clair avec tout le monde.

Aussi le matin, j’ai réuni tout le monde et j’ai mis chacun devant ses responsabilités. Après avoir dégagé la leçon des derniers incidents, j’ai donné mes décisions. Partage du maquis en plusieurs maquis de 15 ou 20 hommes, dirigés par le Cdt ou moi, au choix des hommes, chacun de nous suivant le nombre dont il dispose, subdivisant encore son maquis si c’est nécessaire. Je les ai fait voter en pleine liberté de conscience, et en insistant bien sur le fait qu’il n’y avait aucune pression ni contrainte d’aucune sorte. Au dépouillement sur 60 votants, il y a eu 6 ou 7 bulletins nuls déposés par des nouveaux, des gens qui ne voulaient vexer personne, 3 voix pour le Cdt et tout le reste, soit près d’une cinquantaine pour moi.3

fausse carte d'identité

1 - Le maquis se trouve alors entre Flassans et Cabasse dans le Var moyen. Il vient de réquisitionner des pommes de terre à la ferme du Grand Campdumy
2 - Cette zone désigne dans le plan élaboré par les états-majors FFI la zone de contact avec les troupes débarquées et donc la zone des combats. Le Haut-Var où se trouvait Vallier jusque-là était dans la zone dite « d’influence des maquis ». La « zone des maquis » était située dans les Basses-Alpes.
3 - Note sur la scission
À la suite de cette affaire, quelques hommes restent dans la région de Brue-Auriac sous les ordres de l’adjudant de gendarmerie Florentin et ne suivent donc pas Vallier dans sa descente vers la côte.

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