160ème jour de maquis

Friday 28 July 1944

Pas mal d’occupations plus ou moins agréables, ces temps ci, et on commence à en avoir drôlement assez de la vie du maquis! D’autant plus que tous les jours, on annonce des nouvelles plus ou moins abracadabrantes sur la situation internationale et sur la fin toute proche de la guerre1, et qu’avec ça, toutes les nuits on a des alertes plus ou moins graves et qu’on tombe dans des embuscades où on perd des hommes…

Je vais reprendre à vendredi dernier où, après avoir remonté le pain avec la 11 CV, j’ai donné la voiture à Étienne, qui avec Dominique, Yo et les deux Dracénois Casa et Tomy2, devaient aller jusqu’à Ampus pour y chercher un dépôt d’essence3. Nous, pendant ce temps, avec un splendide camion que j’ai réquisitionné à la Milice de Marseille (c’est leur camion qui vient chercher du bois et du charbon de bois du côté d’Aiguines), nous descendions jusqu’à Quinson où nous avons perquisitionné chez un collaborateur notoire, un milicien sinon un type de la Gestapo, perquisition faite entre une heure et deux heures du matin, le tout sous une pluie fine et continue et par une nuit noire. Nous avons récupéré pas mal de choses et à 3 h 1/2 nous arrivions au camp. A ce moment là, Dominique aurait dû rentrer et j’ai été assez péniblement impressionné quand la garde m’a dit que l’on n’avait encore vu rentrer personne.

Juste en arrivant sur le mauvais petit chemin qui débouche à la ferme et qui est sur un talus en remblai, la roue avant puis la roue AR du camion ont glissé sur la route détrempée, et voilà notre véhicule très dangereusement incliné, si dangereusement d’ailleurs, que j’ai bien cru que nous finirions par capoter.

Le lendemain matin toujours pas de Dominique, et nous nous mettons à essayer de sortir le camion de sa fâcheuse position. Après maints efforts, et malgré l’aide des bœufs (je dis “malgré” car les bœufs n’ont tiré que lorsqu’ils furent complètement lâchés)…

1 - On vient d’apprendre la tentative d’assassinat de Hitler et son échec.
2 - Etienne : le Cannois André Chaudé, né en 1920. Le journal a déjà mentionné Dominique (Luciani), Yo (Pierre Liétard). Casa (Louis Casanova) et Tomy (Aiguier) sont deux jeunes Dracénois. Le premier est le frère de Louis Casanova, chef du GAR (Groupe d’avant-garde républicain), groupe de lycéens créé en septembre 1943 et dont plusieurs membres sont passés au maquis (9 sont allés chez Vallier).
3 - 300 litres.

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