157ème jour de maquis

Tuesday 25 July 1944

J’avais juste commencé dimanche quand on est venu me chercher et comme depuis avant-hier nous avons encore fait pas mal de choses, je n’ai pu écrire jusqu’à présent.

J’ai écrit lundi dernier, et je vais reprendre notre histoire depuis ce jour là. Dès le lendemain, j’apprenais qu’une voiture des F.T.P. avait été attrapée dans une embuscade, ce qui était malheureux, mais qu’en outre, Edmond s’y trouvait, ce qui était beaucoup plus embêtant pour nous1. En effet, le dit Edmond que nous avons eu avec nous pendant quelques mois et que nous avons eu le temps de juger, est le pire blagueur que j’aie jamais vu dans la région pourtant fertile en exemplaires de ce genre. Un type qui casse tout en paroles et qui dès le semblant de bagarre du 7 juillet a fichu le camp avec mes papiers, n’a jamais été capable de les rapporter et m’a volé tout le tabac qui y était ainsi que plusieurs cartes d’identité qui étaient dans un paquet ficelé. Il est évident que s’il avait été pris par les Boches, ceux-ci auraient su une heure après l’endroit exact où nous étions2.

Du coup, nous décrochons le mercredi pour aller nous installer provisoirement dans une ferme non habitée à quelques kilomètres de là, en attendant de trouver une position plus adéquate3. Installation le jeudi et, comme pour changer le ravitaillement de Draguignan n’arrive toujours pas, je vais aux Salles régler les questions de pain, de blé et de vin. La veille, j’étais monté à Aiguines et à Canjuers chercher le petit malade que j’y avais laissé et j’avais fait réquisitionner par mes deux mécanos une commerciale 11 CV Citroën appartenant à un milicien actuellement à Draguignan4. Avec cette voiture, je remonte le pain chez nous, et nous voilà en train de monter notre petit train automobile maquisard.

La Tour

1 - Les événements se bousculent et Vallier, informé par épisodes, paraît avoir du mal à les classer. L’affaire qu’il évoque ici se produit le 22 juillet, journée noire pour les maquis FTP et AS du secteur. En effet, les Allemands ont investi une partie du plateau, après avoir fait une incursion, au petit matin (6-7 h) à Aups où ils ont intercepté une voiture du maquis Vallier, ce que Vallier va évoquer après. Deux maquisards ayant été blessés, les FTP les ont menés en voiture à Baudinard avec l’épicier d’Aups Louis Gautier (47 ans, AS). Au retour, la voiture passe au camp FTP pour prendre le Dr Paul Raybaud. En revenant vers Aups, peu après, sur la route de Bauduen, près de l’embranchement des Salles, la voiture où se trouvaient, outre Gautier et Raybaud, 3 autres FTP dont Edmond Bertrand, croise la colonne allemande qui montait attaquer le camp. Elle ne peut, évidemment, continuer sa route. Les occupants de la voiture, qui ont tiré sur le convoi, peuvent s’échapper, sauf Gautier qui est mortellement blessé en tentant de fuir. Apprenant que leur camp, installé à La Tardie (ou L’Attardier) était attaqué, le chef militaire FTP, le Toulonnais Henri Guillot, et l’ « intendant », l’Aupsois Martin Biaggini , qui se trouvaient à Aups, partent en moto pour rejoindre leurs hommes. Ils sont abattus au croisement des routes de Bauduen et Aiguines. Au cours de l’attaque, deux maquisards, Serge Chiesa (bûcheron à La Palud, 18 ans) et Louis Rouvier (marin pompier de Toulon, 21 ans), sont tués. Plusieurs autres personnes sont également abattues par les assaillants dans le secteur (deux jeunes hommes sur le bord de la route, Fernand Serafino et Émile Bondil , et deux occupants d’un camion, Barruchi et Rossi, route d’Aiguines)
2 - Ouvrier de l’arsenal de Toulon, né en 1921, Edmond Bertrand avait pris le maquis en juillet 1943 au Beausset, puis avait rejoint Vallier le 28 février 1944. Communiste (qui aura des responsabilités fédérales après guerre et sera le secrétaire départemental des Amis des FTP, il a fait partie des scissionnistes qui ont rejoint le camp Robert peu avant. Il était effectivement fort en gueule.
3 - Le maquis s’installe au lieu-dit La Tour au sud d’Artignosc. Il y serait resté jusqu’au 25 juillet.
4 - La voiture a été empruntée à Régusse le 20 juillet. Les gendarmes parlent d’une Rosengart 11 cv.

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