134ème jour de maquis

Monday 3 July 1944

Lundi matin 9h

J’ai un désordre fou dans ma chambre, conséquence des divers préparatifs pour le défilé d’hier et en attendant que Yo et Roger viennent me donner un coup de main pour arranger toutes les affaires, je vais un peu parler de la journée d’hier.

Grande journée pour les jeunes du maquis, qui ont fait leur premier défilé militaire, et au fond, ça a été très bien marché, bien mieux comme ensemble et comme discipline que ce à quoi je m’attendais.

Réunion donc, à 9 h, ici comme je l’avais dit, et à 9h 1/2 précises,suivant l’horaire fixé, départ pour Aiguines. Je descends avec la voiture, Roger, Jean-Pierre et deux autres, ces trois derniers devant avec le F.M. barrer la route d’arrivée à Aiguines. Avec Roger, nous préparons les détails matériels de la cérémonie, nous prévenons les gens, puis je retourne sur la route, à quelques centaines de mètres du village où j’attends mes hommes. Deux sections de 18 hommes, commandées l’une par Pierrot, l’autre par Dominique, celle de Pierrot en short et chemise bleue, celle de Dominique, en uniforme style compagnon. Je prends le commandement de l’ensemble et on défile d’une manière impeccable en chantant à travers le village. La manœuvre se fait très bien, arrêts nets, maniement d’armes vraiment pas mal pour des débutants, car bon nombre ignoraient tout du maniement d’armes il y a quelques semaines. Salut aux couleurs, puis minute de silence en souvenir de nos morts, minute d’autant plus poignante que l’on entendait derrière nous les sanglots de Madame Dûchatel1

Je reprends le commandement, nous ressortons du village, et au moment où je vais les requitter pour aller chercher la voiture, il y en a 1, 2 puis à peu près tout le monde qui me demande d’aller faire le salut aux couleurs aux Salles, soit à 6 km de là encore. Les Salles est le patelin qui nous ravitaille le mieux dans la région et les habitants en sont vraiment très chics2. Je me fais prier deux minutes, puis je décide que nous allons y descendre, et moi-même pars avec mon personnel du F.M. pour tout préparer et prévenir les gens que nous venons. Réception touchante de spontanéité et de gentillesse. Quand nous arrivons, tout le village est massé sur la route, des hommes se découvrent ou saluent, des femmes pleurent… Après la cérémonie, on nous accueille dans l’hôtel du village où nous occupons évidemment la grande salle en totalité étant 44 à nous tous. Défilé très sympathique de gens venant chacun apporter quelque chose, qui des œufs qui du pain, qui du fromage et surtout du vin. Au total repas épatant se terminant par des chansons de chez nous et par une crème offerte par les demoiselles des Salles qui, pour nous faire patienter, chantent aussi quelques romances. J’ai l’impression que si je n’avais pas veillé à la distribution du vin, le retour aurait pu être un peu difficile, mais tout s’est bien passé et le défilé de départ a été tout à fait convenable.

1 - L’épouse du gendarme François Duchâtel fusillé le 12 juin.
2 - Aux Salles, Louis Picoche signalera en particulier l’aide des familles Anot, Bagarre, Sumian et Laugier. À Aiguines, les familles Malon, Sage et Perrier.

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