95ème jour de maquis
Quand arriverai-je à écrire vraiment tranquille? Peut-être cette fois le pourrai-je mieux puisque dans notre nouveau maquis le “Maquis de Castel-Perdu” comme je l’ai baptisé, je me suis réservé une chambre particulière, une chambre qui est en même temps le magasin à vivres et où il n’y a même pas de porte, mais c’est mon “chez moi”, où, malgré tout le plaisir que je peux avoir dans la compagnie de Marcel et de Yo par exemple, je peux rester seul à écrire comme et quand je veux. J’y suis maintenant et j’apprécie le confort d’avoir une table et un siège. Confort tout relatif pour un citadin, car la table est une malle en osier contenant de la pharmacie et posée sur une boite de conserves, tandis que mon siège est mon lit. Quant au lit il se compose de trois gros madriers mis côte à côte, l’un des trois étant d’ailleurs plus haut que les deux autres et ce soir, il y aura dessus deux sacs d’herbe sèche faisant paillasse. Mais cette nuit, j’ai dormi directement sur le bois, et cela ne m’a pas empêché de dormir à la perfection. C’est qu’il faut avouer que j’en avais quand même un rude besoin, puisqu’il y avait 36 heures que je ne m’étais même pas allongé un peu.
Mais je vais résumer ces dernières journées. Donc, le premier soir de notre décrochage depuis le Plan de Canjuers, nous couchons dans la grotte dont j’ai parlé. Une humidité terrible et en pleine unanimité, nous décidons de coucher le lendemain dehors. Nous voilà, cette fois “Robin des Bois” et par groupes de 3, 4,ou 5, on se fait des cabanes en branchages. Je couche avec Marcel et Yo et notre cabane est à peu terminée vers le soir. Je dis à peu près, car avant qu’elle ne le soit complètement, arrive un orage dont heureusement nous n’avons qu’un passage, car vu sa violence, qu’aurions nous pris?
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